La perversité du carrousel

Publié le 8 avril 2026 à 23:25

Je viens m'épancher ici sur la perversité du carrousel d'Instagram. Outre le fait qu'un beau matin, Instagram se soit mis à nous imposer la production de carrousels, ce qui en soit est déjà une perversité par sa forme obligatoire... (Cela fera peut-être l'objet d'un autre post ici...).

 

J'attire votre attention, chers amis photographes, sur les effets pervers de la production des fameux carrousels. J'expose depuis quelques années maintenant et j'ai largement constaté que le point faible, avéré, du photographe est l'éditing. Dans notre jargon de professionnel, l'éditing, c'est le choix de nos photos dans la constitution d'une série photographique.

 

Pourquoi l'éditing est un des points faibles du photographe ? Parce que le photographe a du mal à choisir. Question d'égo, car choisir une photo plutôt qu'une autre, c'est admettre, dans le fond, qu'une seule est bonne. J'entends par bonne au-dessus du lot... Et cela confronte le photographe à ses échecs. Le photographe n'aime pas qu'on lui dise que ses photos sont mauvaises, moi la première ! À contrario, je n'ai absolument aucun scrupules à ne choisir qu'une seule photo quand il le faut. Je pense qu'être capable de réaliser son éditing, d'être capable de trancher dans le choix de ses photos sans compromissions, est une des choses qui différencie le photographe amateur du photographe professionnel.

 

Je vais vous raconter une anecdote. Lors de ma dernière année d'exposition sur le festival du nu à Arles, je me suis rendue sur un vernissage. C'était dans la chapelle du MG Gallery. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais en compagnie d'un excellent photographe de nu, Allan Cat. Quelle ne fut pas notre stupéfaction lorsque nous sommes tombés sur une quantité incroyable de photos, petits formats, accrochées les unes à côté des autres avec une pince à linge sur des cordes suspendues à hauteur des yeux, avec la même modèle, le même lieu, la même tenue, mais prises sous tous les angles. La différence était dans le bras, la jambe la main qui était plus ou moins levé, posé sur les hanches, dans les cheveux et j'en passe... Vous pouviez avoir une dizaine de photos la main dans les cheveux mais placée légèrement différemment. Alors, cela aurait pu être un effet de style et c'était probablement l'effet recherché mais la véritable impression ressentie à la vue de toutes ces photos quasiment identiques, après l'effet lassant j'entends, était que le photographe n'avait pas su choisir. Et il n'y a rien de plus terrible que ça avec c'est autre fait qui me révulse, la plupart des photographes ne savent pas ce qu'est une série artistique. (Cela fera aussi l'objet d'un autre article probablement!).

 

J'en reviens au titre de mon article, pourquoi je parle de perversité du Carrousel ? Parce que j'ai bien peur que cet exercice imposé, favorise ce problème de l'éditing chez certains photographes. D'abord, faire un carrousel, c'est beaucoup plus de travail... Je sais que pour certains la photographie est un loisir, mais pour d'autres c'est un véritable travail, c'est mon cas en l'occurrence, et c'est un autre aspect pervers du carrousel. Le côté imposé pour avoir de la visibilité est encore un effet pervers. N'oublions pas que le carrousel est fait pour que l'on reste sur ce réseau social le plus longtemps possible, c'est encore un effet pervers... Mais selon moi, le véritable effet pervers de l'exercice réside dans le fait qu'au bout du compte, on persuade par la force des choses le photographe, que toutes ses photos sont bonnes à montrer, (j'exagère un peu mais pas tant). Tant et si bien, que le difficile exercice de l'éditing, risque d'être encore moins compris par certains photographes. Un phénomène que l'on ne tardera pas à constater dans les expositions photographiques à venir...

 

Après, je ronchonne là, derrière mon clavier, mais en soit, je fais comme tout le monde, des jolies petits carrousels pour convenir au mieux à l'algorithme et Instagram dans le seul but d'avoir de la visibilité... À méditer...

 

 

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