Dernier hommage.

Publié le 2 avril 2026 à 10:47

Un soir, fin juin 2006, tu t'es littéralement jeté dans mes pieds, et ce, malgré le rottweiler que je tenais en laisse. Tu es sorti d'un buisson en miaulant tellement fort que malgré ta toute petite taille on ne pouvait voir que toi ! Je t'ai caressé, tu te frottais à mes jambes. Tu me demandais de l'aide, enfin c'est mon interprétation. Nous étions à la veille des départs en vacances de juillet, je savais que si je ne te prenais pas, personne ne le ferait. Alors, je t'ai arraché à la rue. Tu m'as choisie et c'est ainsi que notre histoire a débuté pour durer vingt ans. 

 

Étant le soir, j'ai dû attendre le lendemain pour t'emmener chez le vétérinaire. Tu étais couvert de puces ! Je les voyais sauter au-dessus de ta tête. Je t'ai lavé, je t'ai donné ce que je pouvais à manger et je t'ai mis dans la cuisine porte fermée avec une couverture pour passer la nuit. Mais tu miaulais si fort pour une si petite chose... J'ai craqué, j'ai capitulé et tu es venu dormir avec moi. Le lendemain, lors de ta visite chez le vétérinaire, j'ai appris que tu n'étais même pas sevré ! D'ailleurs j'étais persuadée que tu étais une fille alors qu'en réalité tu étais un garçon. Tes attributs n'étaient tout simplement pas encore descendus. C'est ainsi que de Choupinette tu es devenu Choupinou. Et tu ne m'as plus jamais quitté.

 

Tu m'as offert vingt fantastiques années. Un amour indéfectible. Avec toi, j'ai partagé ma vie avec deux partenaires, Michaël et Christophe. Ces deux-là n'ont fait que traverser ma vie comme des accidents de parcours. Toi tu es resté jusqu'à la fin. Jamais tu ne m'as jugée quoi que je fasse. Le plus important étant que lorsque nous étions ensemble nous vivions un amour simple et pur. Jamais tu ne m'as déçue. Je n'ai pas toujours été exemplaire avec toi pourtant... Parfois, égoïstement, je t'abandonnais le temps d'un week-end pour aller ici et là. Mais surtout, je n'ai pas toujours fait preuve de patience, ce n'est pas du tout une de mes vertus, la patience, et je le déplore surtout avec toi. Était-ce une relation à sens unique ? Une relation dans laquelle j'avais le droit de partir une semaine en vacances, un week-end, sans te rendre de comptes, et revenir comme si de rien n'était. Peut-être est-ce cela l'égoïsme. Aujourd'hui je m'en rends compte. Je ne t'ai jamais laissé vraiment seul cependant, il y a toujours eu quelqu'un pour s'occuper de toi, mais ce quelqu'un n'était pas moi. Est-ce que tu m'as déjà mis un chat de substitution dans les pattes pour prendre des vacances ? Évidemment que non. Ainsi se comporte l'humain...

 

Je n'aimais pas tes cadeaux... Moult souris vivantes apportées la nuit dans le lit, ou ces pauvres mésanges à peine sorties du nid. Une hécatombe écologique ! Avec le temps, soit parce que tu vieillissais, soit parce que tu avais compris, tu as cessé de le faire, pour mon plus grand soulagement ! Tu dormais dans mes bras ou à côté de ma tête. Les années passées ensemble nous ont rapprochées. Je t'ai laissé une totale liberté et indépendance. Il était important pour moi que tu ne sois pas en "cage", même dorée. Tu pouvais aller et venir à ta guise grâce à ta chatière. Tu n'as même jamais fugué ne serait-ce qu'une nuit. Enfin si, une fois, dans les derniers temps, avant que tu ne puisses plus sortir du jardin par tes propres moyens. Je crois que tu savais que c'était la dernière fois que tu explorerais "le monde". Ton escapade a duré des jours, je t'ai cru mort. Mais tu es revenu un vendredi matin à cinq heures en miaulant... Très fort ! Je t'ai serré dans mes bras, je t'ai immédiatement donné à manger. Tu as dormi et l'aventure est repartie pour quelques mois. Ton escapade t'a affaibli, mais je pense qu'elle était nécessaire pour toi. Tu étais libre de partir tu as choisi de rester auprès de moi durant toutes ces années.

 

Aujourd'hui je peux bien l'avouer, c'est en m'accrochant à tes yeux, à ton regard sur moi, que j'ai cru y voir quelque chose de bien. Justement parce que contrairement aux hommes, aux pseudos amis, tu ne m'as jamais jugée ni déçue. Tu m'aimais et tu me l'as prouvé de la plus belle des façons, en restant auprès de moi aussi longtemps, en t'accrochant à la vie vingt années durant. Je ne connais pas plus bel amour, ni plus belle fidélité que ce que tu as fait pour moi, en étant tout simplement là. Depuis Juillet, tu as fait plusieurs AVC, je t'ai vu décliner. J'ai choisi de te garder avec moi jusqu'au bout. À l'issue de chaque AVC, tu perdais quelque chose, d'abord la vue, puis l'ouïe, puis tu marchais la tête de travers en faisant des carrés... Mais tu te déplaçais et tu étais très gourmand. Chaque soir je te donnais ton petit morceau de pâté en croûte, ta gourmandise préférée. Chaque nuit tu venais te blottir contre ma tête, ou dans le creux de mon cou. C'est ainsi que nous avons passé les derniers mois jusqu'à ce fameux lundi de mars où j'ai compris que c'était la dernière fois que tu dormais avec moi, dans cette position que j'aimais tant, le creux de mon cou. J'ai tout de suite vu que te déplacer était devenu, d'un coup, très compliqué pour ne plus pouvoir marcher le lendemain. Ce fameux lendemain où tu t'es levé, tu as titubé, et tu es tombé sur le flanc. Tes pattes marchaient dans le vide, comme si tu faisais du vélo. C'était la fin. Une question de temps. Et c'est précisément là que le temps prend toute son importance, qu'on en mesure la richesse, son aspect précieux.

 

Le jour où tu es parti je t'ai enveloppé dans une serviette épaisse, puis dans un plaid pour que tu aies chaud et pour que tu reconnaisses l'odeur, pour que tu sois apaisé et rassuré. Je t'ai posé sur moi, sur mon torse et je t'ai enveloppé de mes bras, je te caressais la tête, parfois tu miaulais, je t'embrassais le front et tu te calmais. Tu étais sourd mais je n'ai pas pu m'empêcher de te parler. Je n'ai jamais autant dit "je t'aime". D'ailleurs je me croyais forte, je me croyais dure, je ne pensais pas que je pleurerais autant pour la disparition d'un petit être. C'est même la première fois que je pleure autant pour quelqu'un qui s'en va. Dans mon esprit la mort est la finalité de la vie, c'est une normalité, une formalité, l'accepter fait partie de la vie. Mais j'ai pleuré et il m'arrive encore de pleurer en pensant à toi. D'ailleurs en écrivant ces mots je ne peux m'empêcher d'avoir la gorge nouée... Tu es parti dans mes bras. Trois fois j'ai vu ton coeur s'arrêter, deux fois il est reparti. J'ai vu et entendu tes deux derniers souffles, j'ai ressenti au plus profond de mon être ton dernier râle. C'était terminé. C'est ainsi que tu es parti. Aujourd'hui, tu ne souffres plus, j'espère que tu es en paix. Je continue de penser à toi et je t'aimerai toujours.

 

On me dit souvent que je vais reprendre une autre petite boule de poils. Je ne le crois pas. J'aurais l'impression de te trahir dans un premier temps en cherchant à te remplacer. Et puis entre nous, tu as été si exceptionnel, que je crains d'être dans la comparaison et de ne pas l'aimer comme il faut. Finalement, avec toi, j'ai appris ce qu'était l'amour inconditionnel, je ne retrouverai plus jamais cela et cela fait si mal que dans le fond, peut-être que je ne le souhaite pas. Je le répète, je ne te remercierai jamais assez de ne m'avoir jamais jugée. La fidélité est dans l'animal bien plus que dans l'humain tout comme l'amour. L'humain n'a de cesse de juger, quitter, s'éloigner au moindre petit désagrément... Vingt ans, c'est bien plus que ce que j'ai fait avec les hommes qui ont croisé ma route... C'est pourquoi je te voue une reconnaissance et un amour qui ne se mesure pas et qui ne s'éteindra jamais, même si tu n'es plus là. Il y a plus d'amour dans ces petites bêtes à chagrin (comme dit ma bestie) que dans le coeur des hommes.