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Je suis une survivante.

Dernière mise à jour : 29 févr.



Il y a deux semaines j'ai regardé une mini série documentaire sur Netflix dont le titre est "I am a stalker". A la suite de quoi j'ai réalisé que : "je suis une survivante".


A l'adolescence, je suis tombée amoureuse du mauvais garçon. Il était beau, il était de mon âge, nous rencontrions les mêmes problématiques de quartier, mais je ne réalisais pas à l'époque que nous ne vivions pas dans le même monde. Le sien était empreint de violence, et combien même si je l'ai vite découvert et vécu, les bad boys ça plaît toujours aux petites jeunes filles bien élevées, ça représente l'interdit et n'ayons pas peur des mots ça fait chier les parents ! Alors je me suis engouffrée corps et âme dans cette relation. Au début c'était bien, tout n'était que preuves d'amour, c'est comme ça que le coeur s'attache. J'étais convaincue qu'il me voulait moi et pas une autre, ce n'était qu'un leurre ! Puis ont commencé les petites vexations verbales, les critiques, les tromperies, avec une gradation dans les faits. Plus ça faisait mal, plus je m'accrochais. Passionnée de littérature du dix-neuvième siècle, j'étais persuadée qu'il n'y avait pas d'amour sans douleur. Pourtant un jour j'ai mis un terme à cette relation. Je travaillais chez Pizza Hut à l'époque le soir après le lycée, ce qui m'a permis de rencontrer d'autres jeunes qui venaient d'autres horizons. J'y ai rencontré Jérémie, j'ai compris que ma vie méritait mieux, que je méritais mieux. Me voilà avec Jérémie dans une nouvelle histoire d'amour plus saine. Un jour où il me ramenait chez moi dans sa 205 GTI rouge après le service, le fameux garçon nous attendait en bas de chez moi. Il faisait nuit. Personne dans les rues. Nous étions en voiture arrêtés au feu rouge. Le garçon s'est planté au milieu de la route face à nous, Jérémie a joué de l'accélérateur pensant que ça le ferait retourner sur le trottoir mais au lieu de ça, il a sorti un pavé de derrière son dos, en menaçant de le jeter sur la voiture. Ce qu'il a d'ailleurs cherché à faire. Jérémie à réussi à l'esquiver. Je suis sortie de la voiture en disant à Jérémie de partir vite sans s'arrêter. Je me suis retrouvée seule face à lui, il m'a entraînée sous le porche de mon immeuble, et je crois que le premier coup est arrivé là. Une balayette pour me mettre au sol d'abord, et ensuite des coups de pied, avec un coup de poing là où il faut pour que le souffle manquant m'interdise de crier. Ses amis étaient là. Personne n'a rien dit. Personne n'a bougé. Tout le monde a laissé faire. Ensuite, je suis rentrée chez mes parents qui étaient couchés, je n'ai rien dit. Quelques semaines plus tard, j'étais toujours avec Jérémie, nous allions au bowling. Le garçon était devant à nous attendre. Il a fait un signe de la tête pour me faire savoir qu'il fallait que je parte avec lui. Pour ne pas que ça se termine mal, je l'ai suivi en demandant aux personnes m'accompagnant de ne pas intervenir. Il savait toujours où j'étais... Comment, je ne sais pas. Jusqu'à ce fameux jour qui a mis fin à ma relation avec Jérémie. Le garçon nous attendait en bas de chez Jérémie. Nous sommes descendus pour partir en voiture, sans savoir que nous étions attendus, il s'est jeté sur Jérémie avec une batte de base ball. Pour qu'il arrête, j'ai dû mettre un terme à ma relation avec Jérémie devant lui et repartir a son bras. Le piège venait de se refermer sur moi.


J'ai dû partir de chez mes parents, la situation devenant insupportable pour eux. J'étais prisonnière du garçon, j'habitais chez lui, il m'avait isolé, j'étais loin de tout, j'ai été obligée de quitter le lycée, d'arrêter de travailler chez Pizza Hut, je n'avais plus de vie, plus d'intimité, j'étais sa chose. J'ai dû travailler pour subvenir à nos besoins. Alors je ne vais pas tout raconter ici, juste les quelques trucs importants... Mais je donnais de l'argent pour payer les factures d'eau, d'électricité, et pourtant nous nous sommes retrouvés sans électricité en plein hiver, donc pas de chauffage, pas d'eau chaude pour prendre les douches et un petit réchaud à gaz de camping pour réchauffer la nourriture. Avec l'argent il s'était acheté un téléphone portable. C'est durant cette période que j'aie subi le plus de coups. J'ai été étranglée à l'arrière de sa voiture où j'ai vu mon dernier souffle arriver, juste avant qu'il ne desserre les doigts. Je me suis réveillée en pleine nuit avec un couteau de cuisine sous la gorge. J'ai eu des côtes cassées. J'ai failli me prendre un pot de Nutella en pleine tête, d'ailleurs je pense que le mur en porte encore la trace. J'ai perdu un enfant. J'ai été vendue, prêtée, échangée, perdue au poker... Tout ça je l'ai vécu. Pour m'en sortir, pour partir, j'ai fait appel à un ami d'enfance que nous avions en commun. Le seul contre qui je savais qu'il ne bougerait pas. Je l'ai appelé, mon Franck, il est venu me chercher avec mes affaires pour m'emmener loin de ce monstre. Comme prévu le garçon n'a rien dit, rien fait. Il m'a juste regardé partir. Merci Franck. Dans sa voiture, je crois que j'ai pleuré.


J'ai rencontré un autre homme, Jean-François, j'ai appris à vivre dans l'anonymat et l'amour même si ce n'était pas facile, j'étais tellement détruite. Rien n'était à mon nom, je vivais chez lui, pas même ma facture de téléphone, je n'ai pas retravaillé tout de suite... Ma vie était comme en suspens. Malgré tout, ça se passait bien, je me reconstruisais, je réapprenais la normalité de la relation peu à peu, reprise des études... Jusqu'à ce qu'un jour, un dimanche, le garçon vienne sonner à la porte de notre maison. On a appelé la police, expliqué la situation. Ils sont venus pour simplement lui demander de partir, alors que sa voiture n'était même pas assurée et que j'avais ultérieurement porté plainte contre lui et qu'il avait une mesure d'éloignement ! La police s'est montrée encore une fois inutile. J'ai dû repartir vivre chez mes parents, ils avaient déménagé après mon départ de chez eux, le temps que nous trouvions un autre endroit pour vivre avec Jean-François. Le pire dans l'histoire c'est que le garçon avait femme et enfants à ce moment-là. Il était juste venu pour gâcher ma vie, me mettre la pression, me faire peur, ... Par la suite, je suis retournée vivre avec Jean-François, mais ça n'était plus pareil, des choses étaient cassées. Nous nous sommes quittés, cette histoire ayant abîmé notre relation. J'ai déménagé, déménagé, déménagé, il me retrouvait toujours. Jusqu'à ce qu'il vienne me voir dans mon appartement à Montesson un soir, pour me dire qu'il partait vivre dans le Sud, à moins que je ne veuille me remettre avec lui... Moi seule pouvait le retenir en Ile de France ! Je lui ai dit de partir le plus loin possible de moi, que notre histoire était bel et bien terminée. Il est parti. Plus de nouvelles pendant plusieurs années, alors j'ai pris confiance. Je me suis construite une vraie vie. J'ai monté une nouvelle entreprise à mon nom qui fonctionnait très bien, j'avais une très belle maison, le copain, les chiens, les chats, la voiture, je voyageais, j'étais heureuse... C'était la liberté. Jusqu'au jour où j'ai trouvé une carte de visite coincée dans ma porte en rentrant chez moi. Je m'en souviendrai toujours, cette carte disait "Je sais où tu habites". Oui, quand tu as une entreprise, il suffit de taper ton nom sur internet pour trouver toutes les informations du gérant, merci la technologie. J'ai donc organisé mon entrée dans l'anonymat pour ne pas dire la clandestinité en une semaine. J'ai déménagé, j'ai fermé ma société, je n'avais plus rien à mon nom, je n'utilisais même plus ma carte vitale, encore... Ça m'a affaibli, je n'avais plus vingt ans, plus la même énergie, fatiguée de me battre, de devoir recommencer éternellement au moment où je m'y attends toujours le moins. Je me suis même un peu foutue dans la merde, j'ai tout perdu. Mais pas après pas, j'ai relevé la tête, j'ai recommencé à me battre, un problème après l'autre j'ai réussi à me remettre dans la danse. Pas comme avant c'est certain, mais je m'en suis sortie à ma façon.


Je reprends mon souffle et ma respiration. La photo... D'anonyme que j'étais, il a été facile de me retrouver parce que je me suis mise à exposer et il faut communiquer. Etre photographe c'est devenir une personnalité publique si on veut se faire connaître un peu. Cette fois-ci il n'a pas trouvé mon adresse, il y a des cases à cocher pour que l'on ne trouve pas votre adresse sur internet lorsque vous vous déclarez, mais à travers les réseaux sociaux. Lors de ma première exposition à Arles, à La Place des photographes, il s'est présenté. Il est venu me voir, pour me dire que j'étais à lui, pour la vie. Je l'ai affronté, je n'ai plus peur de lui, à vrai dire je suis fatiguée de ces conneries, de la fuite, etc. Je lui ai dit ce que je pensais de lui droit dans les yeux, sans cri, sans larme avec un calme que je ne me connaissais pas. Ce qui a fait son effet, c'est de lui avoir dit qu'il m'était aujourd'hui totalement indifférente, qu'il ne me faisait plus peur, que je ne ressentais ni amour, ni colère, ni haine, ni nostalgie, que j'avais simplement effacé des choses de ma mémoire dans un souci de survit, et que du fait, je ne ressentais pour lui que de l'indifférence. Il est parti. Il m'a écrit via les réseaux pendant quelques temps, je répondais pour lui montrer que je ne me cachais plus. Aujourd'hui, je crois qu'il a compris, il s'est tout simplement effacé de mon paysage. L'histoire dure depuis 27 ans.


Aujourd'hui, enfin plutôt la semaine dernière, j'ai eu un coup de mou après réflexion sur cette mini série. Depuis, je dors très mal les nuits. Je n'ai jamais accepté mon statut de victime car la police, la loi, bref ces institutions censées nous protéger de ce genre d'individus ne m'a jamais accordée ce droit. Ne rien faire c'est comme ne pas reconnaître ce que j'ai vécu avec cette personne. J'ai toujours réglé mes problèmes seules ou presque parce que sinon je ne m'en serais jamais sortie. Mais j'ai pris conscience aujourd'hui, que moi aussi je suis une survivante. La photo m'a aidée à traverser la phase finale (enfin je l'espère) de cette histoire, et je relève la tête peu à peu, avec un espoir, un rêve au bout du chemin, celui de la sérénité, vivre sans avoir peur, sans surveiller si quelqu'un me regarde caché quelque part.


Ceci explique la dureté de mon caractère et sa combativité, toute ma vie n'est qu'un combat... C'est le prix de la survie pour être une survivante, aujourd'hui j'ai conscience d'en être une, je reconnais mon statut de victime, je lui donne le droit d'exister en moi...

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Stéphanie, j'avais loupé ce post. Je suis très touchée, peinée. Je sais de quoi tu parles.

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