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Vertus et Péchés Partie III


Commençons la semaine par la suite de la présentation de l'exposition "Vertus et Péchés" exposée en exclusivité l'été dernier à Arles dans le cadre des Voix OFF du festival de la Photographie à La Place des Photographes. Ici, Prudence et Paresse.



Prudence

Vaste sujet que Prudence en tant que vertu... A la fois dans l’ordre moral et dans l’ordre de la raison, la prudence est de tous les combats et sur tous les champs de bataille. Elle est la sagesse de l’ordre pratique. À notre époque, nous sommes un peu piégés car le mot « prudence » est revêtu d’un tout autre sens que celui donné par la philosophie et la théologie. Nous avons réduit la prudence à la précaution, alors que cet aspect n’est que très secondaire. Chez Saint Thomas d’Aquin et pour la pensée chrétienne, la prudence est chargée de signification intellectuelle, c’est-à-dire compétence, savoir-faire, clairvoyance, prévoyance, pénétration, sagacité, bref tout ce qui constitue la sagesse. Nous sommes ici bien éloignés du sens étroit que nous accordons désormais au mot prudence, synonyme de frilosité. Notre langue française a, malgré tout, gardé des résidus du sens le plus riche de cette prudence. Ainsi apprécions-nous un homme de bon sens ou de bon conseil, reconnaissons-nous les avis judicieux et les conduites savamment réfléchies et calculées. Nous louons l’homme habile dans les choses de l’esprit, avisé, celui qui, par l’expérience, a été capable d’accumuler des connaissances lui permettant de prendre les bonnes décisions. Un tel homme est celui de la discrétion, au sens de jugement droit, de la finesse, de la délicatesse, du savoir-faire et du savoir-vivre, ce qui souligne le lien entre la connaissance et l’action, lien caractéristique de la prudence.


La vertu de prudence, n’apparaît pas comme telle dans les Saintes Écritures, Ancien et Nouveau Testaments. Elle est héritée de la classification stoïcienne mais elle a été totalement intégrée à la pensée chrétienne, à tel point que les vertus cardinales sont devenues théoriquement morte en dehors de cette pensée. La caractéristique de la prudence est qu’elle n’est jamais vécue seule. Elle n’existe qu’en connexion avec les vertus de l’appétit et avec une certaine disposition de l’intelligence. Elle n’est jamais possédée en elle-même car elle est plutôt le signe d’un équilibre harmonieux. La prudence est, dans l’ordre moral, l’équivalent de la culture dans l’ordre de la connaissance. Lorsque les deux se rencontrent alors émergent des saints qui sont des savants et des savants qui sont des saints, comme le furent les Pères et les Docteurs de l’Église. Il existe certes une unité des vertus, comme l’affirmaient les stoïciens, et saint Thomas d’Aquin ne le nie pas, mais il préfère insister sur le fait que les vertus se distinguent entre elles par l’objet qu’elles poursuivent. En ce qui concerne la prudence, elle est à la fois dans l’ordre moral et dans l’ordre raisonnable. La vertu morale est le principe de la prudence car elle assure ainsi l’estimation juste de la fin au service de laquelle la prudence opère. La prudence maîtrise les appétits et les range aux ordres de la raison. Voilà pourquoi elle est de tous les combats et sur tous les champs de bataille. Elle est vraiment la sagesse de l’ordre pratique.


La politesse est l’origine des vertus; la fidélité, leur principe; la prudence, leur condition. Pour être prudent, il ne suffit pas de délibérer pour bien se faire conseiller et juger correctement ce qui doit être fait. Il faut mettre en pratique ce qui a été jugé convenable. Ne pas le faire, l'omettre, serait imprudent. Cet acte, qui consiste à mettre en œuvre ce qui doit être fait, est l’acte propre de la vertu de prudence, c’est pourquoi la prudence peut être définie comme « la vertu de la fonction impérative de la raison pratique qui détermine directement l'action ». C’est précisément ici qu’on peut le mieux apprécier la relation intime entre prudence et liberté. Pour mettre en pratique ce qui a été jugé approprié il faut ne pas se laisser dominer par la peur, la paresse, ou par des liens qui seraient tendus en dernier ressort par l'égoïsme ou l'orgueil. Bien qu'il puisse être convenable de savoir attendre les conseils et les délibérations, une fois la décision prise il faut la mettre en œuvre rapidement et avec diligence. Ici, le mot diligence (de diligo, aimer) va au-delà de ce que le langage ordinaire comprend généralement. Il s'agit d'agir rapidement poussé par l'amour du bien.


La prudence est en relation directe avec une attitude qui peut sembler opposée : l'audace. « L'audace n'est ni imprudence, ni témérité irréfléchie, ni simple hardiesse. L'audace c'est la force, vertu cardinale, nécessaire à la vie de l'âme." La vertu de prudence va nous permettre d’éviter le péché et de pratiquer les vertus. Pour éviter le péché, il faut en connaître les causes et les occasions, rechercher et bien organiser les remèdes. Or, c’est ce que fait la vertu de prudence, en s’inspirant de l’expérience du passé, de l’état actuel de l’âme. Elle voit ce qui pour nous est ou serait une cause ou une occasion de péché; par là même elle suggère les meilleurs moyens pour supprimer ou atténuer ces causes. Sans cette prudence, que de péchés seraient commis; combien le sont par manque de prudence ! La prudence s’acquiert, ou plutôt, elle se conquiert, par un long effort sur soi-même. Cela suppose d’apprendre le sens de la lucidité pour ne pas se laisser endormir par la facilité ni séduire par la démesure. La prudence répond en ajoutant cette mystérieuse devise de Spinoza : « Caute », « Méfie-toi ! » Non pas d’abord des autres, du monde, de l’avenir – non, défie-toi de toi-même, de ton orgueil, de ta paresse. Cet effort pour acquérir la prudence, aucune philosophie ne l’aura pratiquée avec autant de rigueur que le stoïcisme, qui voulait précisément nous apprendre à discerner toujours le bon et le juste. Si nous peinons à agir de façon juste, et à trouver dans ce monde notre bien et celui des autres, il ne faut pas en faire le reproche aux autres, ni au monde: à la fin, c’est toujours notre propre aveuglement, et lui seul, qui peut nous perdre. Celui qui veut être heureux, écrit Epictète dans le Manuel, il lui faut être prudent, c’est-à-dire apprendre à rester « en garde contre lui-même comme contre son plus dangereux ennemi. » La prudence relève moins de la morale, pour les modernes, que de la psychologie, moins du devoir que du calcul. En conclusion, la Prudence pourrait ne plus être une vertu : ce n’est qu’amour de soi éclairé ou habile, certes non condamnable, mais sans valeur morale et sans autres prescriptions qu’hypothétiques. La prudence est trop avantageuse pour être morale; le devoir, trop absolu pour être prudent. La véracité est un devoir absolu, en toutes circonstances et quelles que soient ses conséquences: mieux vaut manquer à la prudence qu’à son devoir !Qu'en est-il vraiment de cette éthique de la conviction ? Que vaut l’absoluité des principes, si c’est au détriment de la simple humanité, du bon sens, de la douceur, de la compassion …


Revenons à notre photo symbolisant la Prudence. Aurait-ce été faire preuve d'audace que de mettre le côté face de ma jolie modèle Rose dans le reflet de ce téléviseur ? Audace ou Prudence ? Fidèle à nos codes nouveaux de réseaux sociaux, coupant la reconnaissance de son visage dans le reflet... Audace ou Prudence encore ? Toujours est-il que cette image est l'une de mes préférées. Je trouve que cette photo incarne toute la féminité dont une femme dispose. Dévoiler sans dévoiler. Aller chercher le détail là où il ne devrait pas se trouver. Quant à la construction de cette image tout n'est que courbes et lignes... Fauteuils, tanga, cheveux, pied du téléviseur, posture du dos pour les courbes. Radiateur, téléviseur, tapis, grosse malle, etc pour les lignes. Jusqu'au détail du cactus, une jolie plante aussi piquante qu'une femme. D'ailleurs bien prudent l'homme qui ne s'y frotte pas trop, même si l'envie de goûter au nectar est une tentation bien forte.



Paresse


La paresse est l'un des sept péchés capitaux dans les enseignements catholiques. C'est le péché le plus difficile à définir et à créditer comme péché, car il fait référence à un assortiment d'idées, datant de l'antiquité et comprenant des états mentaux, spirituels, pathologiques et physiques. Une définition est une répugnance habituelle à l'effort, ou la paresse. Le mot « paresseux » est une traduction du terme latin acedia et signifie « sans soins ». Spirituellement, l'acedia a d'abord fait référence à une affliction envers les femmes, les personnes religieuses, en particulier les moines, où elles sont devenues indifférentes à leurs devoirs et obligations envers Dieu . Mentalement, l'acédie a un certain nombre de composants distinctifs dont le plus important est l'absence d'affection, un manque de sentiment sur soi ou sur les autres, un état d'esprit qui donne lieu à l'ennui, à la rancune, à l'apathie et à une mentalité passive, inerte ou lente... Physiquement, l'acédie est fondamentalement avec un arrêt du mouvement et une indifférence au travail; il trouve son expression dans la paresse, l'oisiveté et l'indolence. La traduction la plus précise d'acedia est "l'apitoiement sur soi", car elle "exprime à la fois la mélancolie de la condition et l'égocentrisme sur lequel elle est fondée". L'orgueil et la paresse sont par définition les vices capitaux les plus « antithéologaux ». Définition : « Acédie », comme « acide » : elle ronge la Charité, et rompt la communion avec Dieu, qui est l'effet propre de cette vertu théologale. Il en résulte une chute de tension de l'Amour dans l'âme.

La paresse, si j’ose dire, se pare d’un terme à la mode : la procrastination, remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire le jour même. C’est une maladie devenue universelle. Et là encore, nous ne sommes pas à égalité avec la paresse : elle frappe plus durement les non actifs, ceux qui accordent spontanément plus de valeur à la tranquillité qu’à l’activité. Elle peut revêtir deux formes : ne rien faire – et c’est la flemme –, ou faire autre chose que ce que l’on devrait faire – et c’est la diversion. L’autre forme de la paresse, c’est la diversion, c'est-à-dire faire autre chose que ce l’on devrait faire au moment voulu. C’est la paresse de l’actif qui ne peut rester en place mais qui recule devant le travail qui lui déplaît et qui constitue son devoir d’état. Il se donne ainsi bonne conscience à bon compte. C’est aussi la paresse du non actif qui, au contraire, va affronter la tâche qui l’effraie pour s’en débarrasser au plus vite et ne pas avoir à traîner le déplaisir de savoir qu’il faudra quand même la faire un jour, ce qui assombrit son futur proche. Si sa secondarité est accentuée, il procrastinera avec d’autant plus de mauvaise conscience qu’il sera plus perfectionniste : pris en tenaille entre sa paresse et son désir de bien faire... Drôle d'histoire la paresse !


Donc, de nos jours, la paresse est intimement liée à la procrastination. C'est l'art de toujours remettre au lendemain, ou au moins à plus tard, ce qui pourrait, voire qui devrait, être fait le jour même, ou dans l'immédiat. Et dans une société qui vit à cent à l'heure et qui place le travail au sommet des valeurs, la procrastination n'a pas bonne presse. Elle est même parfois vue comme une maladie. En France, elle est considérée comme un trouble du comportement. Le Vidal précise même que « la procrastination sévère est facteur d'anxiété, de mauvaises performances, de mauvaise qualité de vie voire de dépression majeure ». Mais dans ce que les professionnels qualifient de « stade I », il semblerait que la procrastination puisse nous aider à nous protéger de pressions sociales et familiales excessives. Elle pourrait aussi booster notre productivité. Certains parlent même de « repos productif ». Devrions-nous tous nous laisser aller à regarder des vidéos de chats au milieu de notre journée de travail ? En tout cas cela à le mérite de dissiper nos émotions négatives et provoque chez nous un regain d'énergie. savez-vous que les personnes dotées d'un QI plus élevé passeraient plus de temps à flemmarder que les autres... No comment !


La question de maintenir la paresse dans la liste des péchés capitaux semble pouvoir légitimement se poser. D'autant qu'à l'origine, dans la liste des péchés capitaux établie par Evagre le Pontique à la fin du IVe siècle, la paresse n'apparaît pas. C'est plus exactement l'acédie qui est condamnée. Et l'acédie, c'est une sorte de paresse spirituelle, une tendance à se désintéresser de tout et à ne croire en rien... Et surtout pas en Dieu. Elle serait apparue notamment chez les ermites. Vivant retirés du monde, ils seraient devenus apathiques et instables jusqu'à négliger leurs devoirs. Un vice que les moines vivant en communauté et occupés à travailler ne connaîtraient pas... D'où le glissement progressif de l'acédie à la paresse...


Pour ce qui est de mon paysage, voilà bien un style de paysage que je n'ai pas l'habitude de faire. Un ciel dégagé avec un seul tout petit nuage. Un tout petit personnage noyé dans l'immensité du lieu. Une image qui appelle à la rêverie, à l'apaisement, ... Une image qui parle d'elle-même puisqu'elle incite à rester devant sans ne rien faire, à part peut-être se perdre ou procrastiner ?

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