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Vertus et Péchés Partie II

Dernière mise à jour : 12 mai


Aujourd'hui, je vous présente les deux photos suivantes de l'exposition "Vertus et Péchés", exposées juillet, août et septembre, à La Place des Photographes à Arles en 2021. Les deux photos du jour sont "La Foi" et "L'Avarice". Textes explicatifs à suivre...



La Foi

La modèle de cette photo est Phoebe Scilla, elle a été réalisée dans une chapelle louée pour faire explicitement cette image. Le décryptage de l'image se cache dans le texte de réflexion sur La Foi... La Foi est l'acte fondamental de l'existence chrétienne. Elle est aussi propre aux religions monothéistes. Le chrétien sort de lui pour se remettre entre les mains de plus grand que lui. C’est ainsi que, fondée sur la foi, la prière chrétienne est une rencontre.


Nous passons notre temps à faire confiance et pourtant... La confiance est indispensable à la vie, rendant l’incrédulité contre nature. La foi dont il est ici question équivaut à une ignorance. Il est tout de même préférable de savoir que de croire. Mais sur quoi se fonde ma confiance ? Sur l’autorité de celui qui parle. Mais encore ? Sur le fait qu’il voit ce qu’il dit. Par ailleurs, si le savoir n’est pas toujours accessible en lui-même, il l’est, indirectement, en ses effets. Et la foi se fonde sur cette efficacité. La foi est nécessaire, mais elle a moins de valeur que le savoir. La foi se fonde toujours sur quelqu’un qui sait et qui, justement, est digne de foi : ces personnes sont dites crédibles. La foi est faite pour la vision. La vue, pour l’Évangéliste Jean, est à la fois corporelle et spirituelle. La foi se vérifie expérimentalement par ses conséquences. La foi présente une véritable valeur existentielle. Voilà ce que l'on peut affirmer savoir sur la foi dans la vie quotidienne...


Mais la Foi en tant que vertu théologale apporte-t-elle une réponse satisfaisante au désir de l’homme d’aujourd’hui ? Constitue-t-elle une sagesse de vie consistante ? Son projet est-il réalisable ? Il ne faut pas oublier un élément essentiel; la vie d’une personne présente deux dimensions : spéculative et pratique. Sur le plan théorique, l’intelligence peut bien demeurer en suspens : Dieu existe-t-il ? Mais, au plan pratique, je suis obligé de choisir, sinon dans les mots, du moins dans les faits. En effet, la question de Dieu est une question éminemment pratique : elle engage la finalité et toutes les valeurs morales ; or, agir, c’est poursuivre une fin et se référer, mesurer son action à des valeurs. Donc, toute personne, agnostique ou non, vit soit en faisant comme si Dieu existait, soit en faisant comme si Dieu n’existait pas. Or, l’expérience montre que la plupart des agnostiques théoriques sont des athées pratiques ; ils se comportent comme si Dieu n’était pas, ce en quoi réside la définition même de l’athéisme. D'ailleurs l’expérience du croyant en est souvent la preuve : je peux professer une foi chrétienne tout en me comportant en athée pratique. Cette schizoïdie est probablement l’un des grands drames de notre temps. Or la Foi n’existe réellement qu’à être vécue.


L'homme contemporain est utilitariste, et matérialiste, cherchant le meilleur rendement au moindre coût ; or, la foi paraît peu rentable et présente un coût, une énergie élevée : il faut payer trop cher pour un retour sur investissement qui ne semble pas évident (la Foi s'apparente à la photographie !). Donc, l’homme d’aujourd’hui ne peut accorder la moindre seconde d’attention à la foi et, plus généralement à toute question autre qu’immédiatement technoscientifique voire utile. A d’autres époques, comme le Moyen Âge, et aujourd’hui d’autres civilisations, par exemple les religions traditionnelles africaines, ont développé et valorisé la raison supérieure : la sagesse. En effet, pour un médiéval, pour un Africain, le non-visible et le non-immédiat sont premiers. Alors, la foi est-elle un don de Dieu ou un acte de l’homme ? La foi est-elle une vertu de toute la personne ou de l’intelligence ?


D’un côté, la foi est une grâce, un don. De l’autre, la foi est aussi une décision, précisément le consentement au don de Dieu, donc la réponse. D’un côté, la foi est un acte de l’intelligence. En effet, celle-ci se caractérise comme faculté de la vérité ; or, par la foi, l’homme s’ouvre à la vérité de la Révélation divine. De l’autre, la foi engage tout l’homme, puisqu’elle ne va pas aussi sans une adhésion de la liberté. Une conséquence de cette double caractéristique de l’acte de foi est qu’elle est le seul moyen prochain et proportionné pour l’union de l’âme à Dieu, car la ressemblance qu’il y a entre elle et Dieu est si grande qu’il n’y a pas d’autre différence qu’entre voir Dieu et croire en Dieu. Dieu est infini, elle nous le propose infini ; Dieu est Trinité en personnes et Unité en nature, et c’est ainsi que la foi nous le propose. Dieu est ténèbres pour notre entendement, la foi elle aussi est ténèbres et obscurité pour notre entendement. La foi est le seul moyen par lequel Dieu se manifeste à l’âme dans cette divine lumière qui surpasse tout entendement. Aussi plus une âme a de foi, plus elle est unie à Dieu.


Enfin, la foi n’est pas seulement un acte mais une vertu. Or, toute vertu grandit par les actes (même si, dans le cas des vertus théologales qui sont infusées par Dieu, nos actes ne font que disposer à cette croissance car celle-ci vient de Dieu qui donne le surcroît de foi à la mesure de ces actes). Posons donc des petits actes de foi. La foi ne peut pas être réduite à une vertu morale ou intellectuelle. Elle est le germe d’une profonde espérance, celle de voir ce qu’on ne voit pas. La foi qui crée cette espérance établit dans l’esprit la conviction de l’invisible, l’aptitude aux réalités divines. Elle crée une habitude, un appétit pour le surnaturel. Le Dieu de la foi dépasse Celui de la raison et demeure en-deçà de Celui qui se révélera dans la vie éternelle. La foi, ce ne sont pas des vérités; même multiples et riches, sur Dieu, grâce à mon intelligence, c’est la pénétration de la Vérité de Dieu en moi. Dieu entre chez nous et y fait sa demeure en quelque sorte. Cela ne veut pas dire qu’on puisse Le connaître sans difficulté car Il demeure, malgré tout, un Dieu caché, plein de mystères, ne révélant que ce qu’Il veut, au compte-gouttes, peu à peu, ne se laissant voir que dans l’éternité. Notre connaissance par la foi est comme dans un miroir, par énigmes, car Dieu s’affirme sans se montrer, se fait écouter mais ne se fait pas voir. Pourtant La Vérité divine nous est donnée par des images. Il existe une sorte de paradoxe car l’esprit demeure dans une obscurité profonde et bénéficie pourtant d’une vive lumière. Cela dresse une physionomie très particulière à la foi, à tel point que cette apparente contradiction ne peut être saisie par les incroyants car notre raison est habituée à ne reconnaître que ce qui est uniforme, d’une seule couleur, sans mélange. La foi n’est pas faite pour notre plaisir égoïste mais pour nous purifier et pour nous perdre en Dieu. Elle exige de nous une dépossession car nous sommes en face de ce qui demeure en grande partie inconnu, recouvert par un voile qui ne sera levé que dans l’éternité.


Pour la petite anecdote concernant cette photo, le week-end où nous avons fait ce shooting, il a fait beau et chaud. Nous avions donc laissé les portes de la Chapelle ouvertes car elles donnaient sur un petit jardin frais et agréable, dans lequel nous avions pris notre déjeuner. Deux hirondelles ce sont engouffrées par une des portes dans la dite Chapelle ! J'ai bien cru qu'elles ne sortiraient jamais et qu'elles allaient périr là, d'épuisement. J'ai cependant gardé la Foi, elles ont passé la nuit avec nous, nous réveillant à l'aube, et puis comme par enchantement, au moment où nous étions le plus occupées, il se trouve qu'elles ont réussi à trouver la sortie, et par-là même, la liberté de voler haut dans les cieux comme savent si bien le faire les hirondelles...



L'Avarice


Cette image à une sacrée histoire... Seuls ceux qui sont venus voir mon expo pendant que j'étais présente la connaisse... Je crois que vous méritez d'en savoir plus sur elle, mais ça sera après la réflexion sur l'avarice... Qu'est-ce que faire péché d'avarice ? L’Avarice, c’est l’expression de la cupidité à son paroxysme avec l’accumulation de richesses sans autre but que sa propre satisfaction personnelle. Dans les cas les plus extrêmes, l’avare se prive de tout pour ne manquer de rien et va jusqu’à idolâtrer l’argent et sa fortune personnelle. L’avarice est donc considérée comme l'un des 7 péchés capitaux, c'est même le péché par excellence puisqu'il est considéré comme étant la base de tous les maux, voir de tous les péchés. C’est également une véritable maladie. Les avares étant particulièrement angoissés par la peur du manque, ils aiment profondément l’argent, qu’ils considèrent comme un signe de pouvoir, de domination et d’invincibilité. L'avarice et la convoitise ne visent pas seulement l'amour des biens matériels, mais l'attachement du cœur à ce que l'on possède, peu importe d'ailleurs si l'on possède peu ou beaucoup. Ni l'argent, ni les biens matériels, ni même leur possession ne sont en cause, mais plutôt cette folle passion avec laquelle on cherche à se les approprier, à les amasser, à les conserver, et à en accroître le rendement. L'avaricieux est à tel point aveuglé par la convoitise et le désir de posséder, qu'il a oublié que tous les biens qui lui ont été confiés appartiennent à Dieu, et qu'il devra en rendre compte un jour. Obnubilés par l'appât du gain, l'avare et le cupide convoitent des trésors éphémères, qui ne peuvent durablement combler le cœur de l'homme.


D'un point de vue santé mentale, voilà ce qui est bon à savoir concernant l'avare. Sont à souligner la douleur ressentie lorsqu'il perd son bien et une obsession démesurée pour l'argent qui corrompt son âme tout entière. Pour un avare en effet, le simple fait d'avoir à envisager une perte d’argent est au-dessus de l'entendement. Les psychanalystes, quant à eux, associent l'avarice à l'apprentissage de la propreté. Le fait de devenir propre et de retenir ses excréments est un signe de civilisation. Ainsi les avares seraient généralement aussi... constipés. Mais certains estiment que l'avarice traduit un besoin de contrôle allant jusqu'à une volonté de conjurer la mort. L'incapacité à jouir d'autre chose que de l'argent est également un point clé de l'avarice. Pour l'avare, l'argent constitue une fin et non un moyen comme c'est le cas pour la plupart d'entre nous. Au-delà d'un certain stade, le cerveau lui-même perdrait sa sensibilité aux plaisirs autres que celui de posséder de l'argent. Les centres du plaisir associés au sexe, par exemple, ne seraient alors plus capables de s'activer, laissant la voie libre à ceux associés à l'argent. Il a également été observé que les avares souffrent depuis leur enfance, de difficultés à faire preuve de curiosité. Au fil du temps, leur activité mentale ne ferait que se réduire, tant les avares redoutent de perdre leur argent. Un cercle vicieux qui provoque une véritable atrophie de l’imagination. Et stimule l'activité du cortex préfrontal bloquant leur capacité à ressentir des émotions pour les autres, les rendant plus avares encore.

Je profite de ce contexte pour vous faire découvrir l'expression "avarice cognitive" qui est une découverte psychologique plutôt récente qui a été faite par deux psychologues américaines dans les années 90. La nature de l'être humain ne le pousserait pas à agir et à penser rationnellement, à tester les hypothèses et à actualiser ses croyances en fonction de l'expérience, comme le font les scientifiques. En général, l'être humain se montrerait avare de ses ressources mentales et préfèrerait faire appel à des raccourcis pour arriver à ses conclusions. Nous sommes donc encouragés à préférer une information qui confirme nos préjugés.


L'un des meilleurs antidotes à l'avarice est la générosité de cœur, qui s'oppose à la haine, au mépris, à l'envie, à la colère, à la tristesse, à l'indifférence, et tisse de vrais liens d'amitiés entre les hommes. Être généreux ne veut pas dire payer le petit prix de sa bonne petite conscience ; bien au contraire : c'est agir en tant que personne libérée, c'est dépasser ses peurs égoïstes et ses propres intérêts, c'est aussi se sentir solidaire du monde qui nous entoure. Les personnes généreuses, celles qui donnent avec joie et désintéressement, deviennent peu à peu maîtres de leurs passions et de leurs désirs, et bannissent la jalousie et l'envie de leur cœur. L’avarice coûte cher, elle éloigne les êtres aimés, mais elle peut aussi déséquilibrer les sociétés. A méditer en ces temps actuels...


Maintenant, en ce qui concerne la petite histoire de la photo... Qui tient parfaitement son rôle ici... Il faut vous imaginer qu'elle a été prise un 25 décembre à 10 heures du matin. Déjà, mentalement, ça annonce deux ou trois petites choses... J'ai ouvert mes grands yeux sur ce monsieur, sur ce chasseur, n'étant déjà pas fan des chasseurs, qui a été pour moi un vrai sujet d'attention et d'observation !... Donc, ce sont avec mes grands yeux bleus tout écarquillés que je me suis mise accroupie derrière le chasseur durant une bonne trentaine de minutes attendant de voir ce qu'il "visait" lors d'une de mes randonnées effectuées ce fameux matin d'un 25 décembre, je précise que ma mère faisait partie de la balade et qu'elle n'en revient outjours pas elle-même ! Nous sommes en Normandie, je vous le rappelle, mais qu'est-ce donc alors ? Les Anglais ? Il est vrai qu'on voit la côte par temps clair. Non, les Anglais avaient bien mieux à faire ce matin de noël. Un phoque ? Une mouette ? Serait-ce une nouvelle méthode de pêche ? Et bien je vous le dis tout de go, il ne s'est rien passé durant cette demi-heure où bien patiente, je suis restée derrière à attendre... Pas âme qui vive à l'horizon, rien à tirer, mais lui est resté en joue, concentré, impassible malgré le froid glacial, sans trembler et sans aucune cible... Très fort ces chasseurs sans vouloir vexer personne...


Je vous rappelle que mes photos sont en ventes et que les ventes serviront à financer mon exposition de mai. Merci pour votre visite. A très vite.

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