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Projet 1 : De l'aube au crépuscule...


Je suis actuellement en pleine réflexion dans le seul but de mener à bien divers projets photographiques. L'un d'eux s'appelle "De l'aube au Crépuscule". A dire vrai, j'y pense depuis deux ou trois ans, c'est un projet qui me tient à coeur, dans lequel je souhaite m'investir ardemment. C'est pourquoi je le laissais germer tranquillement dans ma tête. C'est un sujet difficile à traiter et sensible, d'autant plus qu'en tant que femme je me sens directement concernée. C'est un sujet qui mérite une attention toute particulière, mais surtout une grande réflexion. Ne pas non plus se laisser envahir par les émotions...


Alors de quoi s'agit-il ? Du vieillissement du corps de la femme... J'entends déjà les petites voix s'écrier "Pfff ça a été traité mille fois, rien d'innovant là-dedans". Je sais et ils ont raison. C'est bien pour cela que je souhaite prendre mon temps et m'appliquer le plus possible pour ce projet. Je parlerai souvent ici de sénescence. Quel joli mot pour une si vilaine chose. Si on s'attaque à la symbolique de le sénescence à travers les images notamment d'antan, il faut se rappeler le contexte biblique, qui bien que nous soyons aujourd'hui dans un pays laïque reste bien ancré dans la mémoire populaire du fait qu'il fasse partie de nos origines ainsi que de notre histoire. La sénescence n'est donc rien de plus qu'un rappel au péché originel. Aujourd'hui encore, force est de constater que le regard est beaucoup plus clément sur le vieillissement masculin que sur le vieillissement féminin. C'est que dans l'inconscient, Eve est à l'origine de ce vieillissement, par sa seule faute d'avoir mordu la pomme...


Dans notre société moderne, les rides, la laideur, la poitrine tombante, les cheveux blancs, le nez amaigri, la bouche affaissée comme les yeux sont autant de caractéristiques majeures de la représentation de la vieillesse. Opposer le corps ferme des jeunes corps aux corps "fripés" des corps vieillissants c'est souligner le déclin, la vieillesse est effectivement vécue comme une punition, voir une déchéance. La vieillesse c'est aussi pourtant l'humanité et la mémoire. Mais elle met surtout la temporalité de l'être humain en avant avec un début et une fin, quand les corps jeunes symbolisent l'insouciance et l'éternité sans le souci du temps. En règle général, passé un certain âge on photographie plutôt les visages, dans un souci de mémoire... On veut bien se rappeler ce visage ridé qui marque un vécu, une expérience et qui attendrit mais lorsqu'il s'agit du corps de la femme on va préférer conserver des images jeunes de la même personne en mémoire. Comme si la photographie agissait comme un miroir futur, la prise de conscience de ce qui nous attend, une réalité à laquelle nous ne voulons pas être confrontés tant que le moment n'est pas encore venu. Aussi, je crois que passé un certain âge on évite les miroirs, on se cantonne au reflet de notre visage car on ne peut le fuir, ne pas avoir de reflet c'est se gommer de l'existence, c'est une sorte de perte d'identité... Trop tôt encore tant que le souffle est là, l'impulsion de vie.


Comment utiliser la photographie pour rendre compte du processus de vieillissement du corps de la femme tout en prenant en compte l'évolution psychologique et morale ? Quel est le rapport de la femme vieillissante avec la maternité et sa sexualité perdue ? Même si les mentalités ont évolué, qu'on assiste peu à peu à l'émergence progressive de l'image de la vieille femme dans des rôles plus ou moins diversifiés, l'apparition du sujet va de pair avec l'apparition de plus en plus croissante de portraits et autoportraits, mais qu'en est-il pour le reste ? Il me semble que la conscience de soi implique et influe sur notre perception donc encore plus sur notre représentation. De manière évidente, mais aussi négative, le sénescence, je l'ai déjà dit, c'est l'annonce de la finalité de la vie. Notre société à beaucoup de mal à accepter cela. La sénescence, le vieillissement c'est le rappel de nos limites, or l'être humain n'aime pas être limité, lui qui cherche à surpasser jusqu'à la nature pour repousser les limites...


Les artistes ont trouvé des subterfuges à tout cela, pour rendre la vieillesse "magnifique". Pour en faire quelque chose de poétique et de beau, les images de vieillesses sont autant de témoins d'une volonté des artistes à vouloir englober et représenter la totalité d'une vie dans ses contradictions, incluant beauté et laideur, jeunesse et vieillesse, vie et mort. Dans le seul but d'en rendre les images "acceptables" pour l'oeil ou plutôt le cerveau humain. J'aimerais réussir à rendre compte des différents regards portés sur les images du corps vieillissant. Considérer le rapport entre la relation au corps et le temps, ou le lien avec l'amour, la sexualité, la procréation. La sénescence n'est souvent vécue par la femme que comme un lent déclin, plus ou moins rapide selon la génétique de chacune. Nous femmes, sommes nos propres spectatrices de la décrépitude de nos corps, avec un regard souvent plus critique les unes envers les autres d'ailleurs. Il s'avère que la plupart du temps, nous sommes nos pires ennemies, car nous portons un regard plus dur sur nous-même, sans euphémismes sous couvert du réalisme. Je l'ai dit plus haut, le miroir nous trahit, vient un temps où nous le bannissons. Alors je me demande dans cette triste réalité, je parle de celle de la femme et de sa propre réflexion sur son corps, s'il est possible de relier des images allégoriques de la vieillesse à une réalité vécue sans se trahir ni se mentir ? D'ailleurs l'allégorie n'est-elle pas un mensonge déguisé ?


Au déclin, correspondent, à l'inverse, des images témoignant du désir de femmes mûres de correspondre, malgré leur âge, à l'idéal féminin. Quel est le lien entre les images de sénescence et les traités de longévité moderne qui se multiplient actuellement et qui font la part belle aux nombreux laboratoires exploitant la jeunesse, ou la vieillesse, au choix... Ce qui parfois peut mener à une déchéance presque plus rapide voir violente. Tout cela au nom de l'amour, de la procréation (signe de jeunesse mais de maturité à la fois), mais aussi de la sexualité. Des domaines dont les femmes d'un certain âge sont communément écartées par la société en raison de leur âge, même si l'exclusion de la sexualité n'est qu'apparente. Rien n'est séparé, tout n'est que points de rencontre qui enrichissent réciproquement chacune des significations. Si j'arrive à les traiter ensemble dans mon projet "De l'aube au crépuscule", peut-être me permettront-ils d'éclairer et de mettre en perspective l'imagerie de la sénescence féminine pour mesurer la portée de ses développements thématiques et problématiques créés par notre société. Comment des sujets de la sénescence et du vieillissement s'immiscent-t-ils dans une série dédiée à la beauté féminine ? Toute la réflexion est là.

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