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Les femmes et la justice des hommes.



"La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune.", article 10 de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, Olympe de Gouges.


Quelle que soit l'époque, les femmes ont toujours été des justiciables comme les autres, soumises aux mêmes peines que les hommes et passibles des mêmes tribunaux, mais face à une justice faite par les hommes. Force est de constater que si la violence sur les femmes l'emporte largement sur la violence des femmes, il faut reconnaître que les femmes sont des êtres autonomes capables de violences. De tout temps, il a existé et il existe encore des femmes criminelles, même si violence féminine et violence masculine ne s'expriment pas de la même façon.


Si la Quatrième République a accordé aux femmes le droit de vote, elle leur a donné aussi les mêmes devoirs et peines qu'à leurs époux. C'est le 21 avril 1944 qu'une ordonnance est adoptée par le Gouvernement provisoire de la République française en faveur du droit de vote pour les femmes. Le 27 octobre 1946, cette loi est promulguée par la Quatrième République. Une égalité civique pourtant toute relative car en avance sur les moeurs d'alors. En 1947, la femme française peut voter mais reste cantonnée en priorité à son espace domestique. La littérature, l'éducation, les traditions, la vie familiale et la religion prennent encore en main les femmes dès leur naissance, on en revient toujours au fameux conditionnement ! Ainsi, en 1947, la femme française vit encore dans un système qui lui fait croire à sa féminité, à ses fonctions naturelles au sein du foyer, mais point de fonction pour la femme sortie de ses deux carcans. Le droit de vote n'est donc pas l'élément émancipateur de la femme, mais il reste néanmoins une petite victoire. Pour chaque liberté, la femme a dû se battre.


Par contre, la justice n'a pas attendu que les Françaises acquièrent leurs droits civiques pour les traduire devant les tribunaux. Rappelons qu'en 1938, une femme mariée est frappée d'incapacité civile et est incapable d'ester en justice. D'après le professeur de médecine légale Cesare Lombroso : "Les femmes, par nature, seraient plus amorales que les hommes, parce que cruelles et plus sujettes au mensonge. Mais cette nature violente est contrebalancée par l'instinct maternel et par un sentiment de religiosité plus fort, ce qui expliquerait (...) la moindre criminalité des femmes." C'est ce qu'il écrit en 1896, dans son livre "La femme criminelle et la prostituée", et d'affirmer que "la coexistence chez la femme, de la cruauté et de la pitié est une (...) contradiction pleinement résolue dans nos études par l'influence de la maternité qui, en se greffant sur la cruauté primitive, en fait souvent jaillir la douceur." Voilà, voilà... Nous en sommes là...


Les femmes criminelles sont donc différentes en nature des hommes, mais aussi des femmes. La déviance est la résultante d'une nature insuffisamment domptée (par les charges familiales et la religion) et signe d'un "mal de mère". "Prostituée née" et "criminelle-née" sont dénuées d'instinct maternel, contrairement à la femme dite normale ! Ridicule vous dites-vous ? Et bien pourtant ces théories étaient encore au goût du jour après la Seconde Guerre mondiale, et jusque dans les années 1960 ! Voire 1970 ! Pour mémoire, le viol est entré dans le code pénal en 1791 mais n'a été défini et puni qu'à la fin des années 1970... Pour ce qui est de la criminalité féminine, jusque-là, subsiste l'idée partagée du caractère hormonal et sexuel de la délinquance.


Entre 1811 et 1900, le tribunal de la Seine intérieure juge 140 homicides conjugaux. Une vingtaine sont commis par des femmes, pour le reste évidemment, ils sont commis par des hommes. C'est là que le bas blesse, car les hommes sont généralement moins lourdement condamnés que les femmes. Car ils bénéficient pour le crime d'uxoricide de l'indulgence systématique des jurys d'assises, exclusivement composés d'hommes jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'article 34 du Code Pénal de 1810 resté en vigueur jusqu'en 1975, accordait même dans certains cas, aux hommes coupables d'avoir tué leur femme des circonstances atténuantes ! Dans le cas d'adultère notamment, prévu par l'article 336 : "le meurtre commis par l'époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l'instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable". La réciproque est-elle valable ? A votre avis ?... Non !


A toutes les époques, les maris occis par leurs épouses sont en nombre inférieurs par rapport aux femmes qui décèdent sous les coups de leur mari. Seuls 20 hommes sur 577 sont condamnés à mort entre 1871 et 1947 pour avoir assassiné leur épouse. Quand 3 femmes sur 6 sont guillotinées entre 1941 et 1947, pour le meurtre de leur mari. On ne pardonne donc pas aux femmes... Dans les affaires d'homicide conjugal, les femmes meurtrières sont moins soumises à la violence maritale, d'avantages actives, dans une relation qui ne les satisfait pas. Elles sont la plupart du temps engagées dans des relations adultères et complotent avec leurs amants pour occire leurs maris, soutirer leurs biens et s'enfuir. Les femmes meurtrières opèrent une double transgression : en tant que criminelles pour embrasser un acte violent, en tant qu'uxoricides, elles ne respectent pas la hiérarchie des sexes et la soumission de l'épouse à son mari, soumission exigée par la société et inscrite encore en partie dans la loi après 1940 !


Les exécutions de femmes ont été suspendues depuis les années 1880, mais elles connaissent une renaissance avec le gouvernement de Vichy et le Maréchal Pétain, pour continuer un peu après la Libération. Germaine Leloy est la dernière victime de cette répression accrue envers la gent féminine. Le 21 avril 1949 à 5h50 la dernière femme criminelle, criminelle d'avoir tué son mari à la hache, est la dernière femme guillotinée de France. Femmes à en perdre la tête. Projet que je vais construire en 2024. Merci à Sophie pour avoir posé sur cette photo.

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