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L'angoisse de n'être rien...

Dernière mise à jour : 6 mai




J'ai toujours cru que je serais quelqu'un. Mais ça veut dire quoi être quelqu'un ? Ça veut dire ne pas être anonyme, ne pas être banale, ne pas être comme n'importe qui, ne pas être noyée dans la masse, se démarquer... Quand j'étais au lycée, mon professeur de mathématiques disait : "Il est évident qu'on ne retrouvera pas Stéphanie caissière au Monoprix du coin !"... Mais que signifiait cette phrase ? Surtout qu'au lycée j'étais plutôt effacée. Elle résonne en moi depuis, et je dois dire qu'elle m'avait faite une forte impression. Les années sont passées... Qu'en est-il de cette petite lycéenne se prénommant Stéphanie...


J'ai fait bien des rencontres depuis. Des rencontres de gens qui sont capables de te faire croire que tu as tout pour devenir quelqu'un... Il y a ceux qui pensent que tu peux réellement devenir quelqu'un et il y a ceux qui s'amusent à te le faire croire. Se méfier des flagorneurs, toujours. Flatter l'égo d'une personne est souvent le meilleur moyen d'amadouer et d'obtenir. Quand l'égo pense recevoir l'être donne, là est le piège. J'ai rencontré des gens qui te donnent d'une main pour te prendre bien plus de l'autre. Comme l'homme qui caresse son chien d'une main et le frappe avec l'autre. Ces gens-là, je les ai bien connus. Pourtant, pendant longtemps, je n'ai pas perdu ce rêve qu'un jour je serais quelqu'un. Je suis passée par divers "carrières", divers projets, l'ambition me portait. Et puis la photo est entrée dans ma vie, comme hobby d'abord pour s'imposer comme résilience, un temps.


Un jour, j'y ai entrevue l'idée, le projet de devenir quelqu'un. Je me suis fourvoyée. J'ai confondu être et paraître. Dans la photographie tout se joue dans les apparences. Encore une déception. Des gens dont la spécialité est l'image, se font une image de toi sans réfléchir au fait qu'ils ont l'habitude de les construire, ces images... Le photographe se fait leurrer et s'arrête à ce que vous voulez lui montrer sans prendre la peine de comprendre l'image que vous avez construite... Très grosse déception, vraiment, c'est pourtant bien là le principe du photographe. N'est-il pas du rôle du photographe d'aller voir derrière l'image ? Justement parce qu'il maîtrise le jeu de la construction ? Finalement, beaucoup, je ne dis pas tous, je dis beaucoup de photographes sont aussi fades, grossiers ou superficiels que leurs images. Pourtant, chacun joue son petit rôle, chacun se construit son petit personnage, sa propre image... Chacun veut être quelqu'un, pourtant ce milieu est rempli de gens de rien... Mais qui font semblant d'être.


Etre photographe c'est entrevoir une chance de laisser une trace. Une trace de son passage, de son nom, de son existence... Certains se distinguent par leur grande maîtrise de la technique, d'autres dans leurs projets photographiques, et puis il y a les autres, qui se battent pour être, exister et devenir. Beaucoup de volontaires, peu d'élus. Il y a quelques semaines, j'ai eu 45 ans, et la semaine dernière j'ai fait une petite déprime. Ça veut dire ne plus avoir d'énergie, ne pas quitter le canapé, ne pas avoir d'envie et manger en regardant des séries toute la journée... Me renfermer sur moi-même, seule avec mes pensées, mes idées noires. Ça a duré la semaine, avec quelques regains de volonté pour tondre la pelouse, ou monter le dossier pour participer au festival du Phemina pour m'apercevoir au final que le festival est annulé. Monter ce dossier, c'est aussi un regain d'espoir pour devenir quelqu'un. Au moment où j'ai lu l'annonce s'afficher sur l'écran disant que le festival était annulé j'ai eu cette prise de conscience fataliste qui me dit que j'ai 45 ans, et que je ne suis toujours rien. Je n'existe pas, je suis belle et bien noyée dans la masse de la population, je suis et je resterai une éternelle anonyme, une banalité sur terre. Est-ce bien ? Est-ce mal ? C'est surtout une grande déception, pour moi, mon égo puisque je ne peux pas montrer à ceux qui se sont joués de moi que je suis effectivement capable de devenir quelqu'un ; mais aussi pour ceux qui ont cru que je deviendrais quelqu'un. L'égo est une spirale qui t'emmène souvent vers le bas, le photographe est un monstre d'égo. Je suis Stéphanie, je suis photographe à défaut de n'être rien...


Photo réalisée avec la belle modèle Ella. A bientôt pour d'autres aventures photographiques !




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2 Comments


Le monde est peuplé de rien. Ceux qui prétendent le contraire se mentent à eux même.



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Devenir "quelqu'un", n'existe pas pour moi. Car nous sommes tous quelqu'un, nous mêmes, avec nos vies, nos passés, nos ambitions, nos projets, que ce soit la caissière du Monoprix qui a certainement des objectifs qu'on ne connait pas, et qui a accompli des projets surhumains, en passant par le PDG d'une grande entreprise qui n'en a rien à faire d'exister aux yeux des autres, mais a juste envie, simplement, "d'être" au fond de lui. Vouloir devenir quelqu'un c'est avoir ce besoin d'exister au travers des autres, et d'être reconnu. C'est un peu une recherche du bonheur, continuelle, et insatisfaite. Personnellement, je n'ai jamais été dans cet optique d'être "quelqu'un" ou d'être reconnue, et pourtant j'en ai mené des projets incroyab…

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