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Il s'appelait Marcel Pinte, dit "Quinquin".

Dernière mise à jour : 6 mai



Le petit Marcel est fils d'officier de carrière, du capitaine d'infanterie Eugène Pinte plus précisément, originaire de Valenciennes dans le Pas-de-Calais. Ce dernier se replie en zone libre en juillet 1940, dans une ferme qu'il loue à La Gaubertie, près d'Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne). Il fait venir femme (Paule) et enfants (Régine, Eugène, Pierre, Paul, et le petit Marcel).


Eugène Pinte est intégré à l'armée d'armistice pour être affecté au centre de démobilisation de Limoges, ce qui est une couverture idéale et qui lui procure une grande liberté de mouvements. Il profite de son emploi pour "recruter" les ouvriers revenant d'Allemagne favorables à la Résistance. Il a la chance de bénéficier de la complicité de son supérieur et passe très peu de temps dans son bureau en réalité. Il a un véhicule de fonction, un laissez-passer, la possibilité d'inventer des ordres de mission, il peut ainsi circuler en toute liberté dans tout le département. Il met à profit ces facilités pour nouer des contacts qui contribueront par la suite à la création de l'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée) dans le Limousin. Dès 1941, il forme son premier corps franc avec une quarantaine d'habitants résistants dans le hameau de La Gaubertie. En 1942, il noue des contacts avec l'Armée secrète. Vous l'avez compris, Eugène Pinte, le père du petit Marcel, est une figure charismatique de la résistance Limousine, le commandant "Athos" qui, à la Libération, aura jusqu'à 1 200 combattants sous ses ordres, de quoi former deux bataillons. A l'été 1944, la ferme de La Gaubertie est devenue le centre névralgique de la Résistance en Haute-Vienne. Elle abrite même un opérateur radio du SOE britannique alias "Marcel" qui coordonne les parachutages d'armes destinées aux FFI de la région. Une prairie voisine de la ferme est homologuée par Londres comme terrain de largage sous le nom de code "verrue".


Qu'en est-il du petit Marcel dans tout cela ? Il est né le 12 avril 1938 à Valenciennes. Il grandit dans cette ambiance où vie familiale se mélange à la Résistance. Le petit Marcel surnommé "Quinquin" par les maquisards à cause de ses origines nordistes, observe fasciné, tout en brûlant de vouloir participer. Et ça tombe bien parce que son père se fait seconder par tous les membres de sa famille à mesure que les activités clandestines s'intensifient dans la petite ferme de La Gaubertie. La vie s'organise au gré des réunions clandestines avec les différents chefs maquisards (COPA : opération aérienne ; Etat Major de l'ORA). Tout le monde est d'accord sur le fait que La Gaubertie s'avère être le lieu parfait et discret idéal en raison de sa difficulté d'accès. De plus c'est un lieu plus ou moins dissimulé.


Imaginez le petit Marcel au milieu de tout ça ! A l'heure où l'on apprend des comptines d'enfants, lui apprend les chants maquisards. Il passe du temps avec eux dans la forêt au lieu d'aller jouer avec ses petits camarades, c'est qu'il a le contact facile avec les adultes. A La Gaubertie, difficile de dormir la nuit. La ferme est en perpétuels mouvements, du passage, des allers et venues, un parachutiste anglais caché dans le grenier, des réunions secrètes, etc. A l'âge où l'on répète tout ce que l'on entend, où l'on cherche à montrer que l'on existe en racontant des histoires, le petit Marcel lui, comprend et apprend l'importance de l'art du secret et du silence. C'est donc tout naturellement que Marcel se retrouve impliqué dans des missions à la hauteur de son âge et de ses capacités. C'est un petit garçon appliqué mais surtout impliqué. Sur ses petites épaules d'enfant, des vies en jeu lorsqu'il porte des messages cachés sous sa chemise aux chefs des maquis. Il est doté dit-on, d'une grande mémoire, et pour s'en servir aucun moment n'est perdu, il glane des informations quand il va à l'école ou en promenade. Il met sa jeune intelligence au service d'une cause au lieu de jouir de son insouciance. On ne se méfie pas d'un gamin. Quand ses camarades jouent au chat, lui joue à faire du morse à l'aide d'une lampe électrique. Il est malin, intelligent, avec une grande compréhension de l'importance de ce qui se passe autour de lui mais surtout il a gagné la confiance de ses pairs.


Le 19 août 1944, au lendemain d'une bataille à Aixe-sur-Vienne, un nouveau parachutage est organisé et réceptionné. La reddition des troupes allemandes encore présentent à Limoges est en négociation. Le jeune Marcel Pinte, "Quinquin", suis bien évidemment sa famille. Les résistants sont nombreux et ils sont surtout nombreux à être armés. "Quinquin" s'écroule, touché par plusieurs balles. Un tir de Sten, un pistolet mitrailleur réputé sensible se déclenche accidentellement et tue le pauvre petit Marcel. C'est malheureusement un accident fréquent avec ce type d'arme. Un faux certificat de décès est fourni à la famille par un médecin. Le 21 août 1944, les principaux chefs de la Résistance en Limousin assistent à ses funérailles, quelques heures avant la Libération. Le cercueil de "Quinquin" est recouvert du drapeau tricolore. Début septembre, un dernier parachutage d'armes est effectué par les Anglais, ils utilisent des parachutes de voiles noires en hommage au petit Marcel.


Il est enterré dans le cimetière d'Aixe-sur-Vienne au côté de son père décédé en 1951. Son nom vient d'être ajouté sur le monument aux morts de la commune, en la date du 11 novembre 2020. Un jour j'irai fleurir sa tombe... Il est le plus jeune Résistant de France connu à ce jour, il avait 6 ans. Et vous que faisiez-vous à 6 ans ?

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