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Grandcamp Maisy.


Je vous livre les étapes de mon périple du mois de novembre un peu dans le désordre en espérant que vous ne m'en tiendrez pas rigueur... Je précise, pour mettre les choses au clair, que mon blog fait office de journal intime, en conséquence de quoi j'y consigne les choses personnelles qui me touchent, parce que cela me fait du bien de me livrer ici, dans les articles de mon blog. Mais surtout parce que ces histoires, ou plutôt ces anecdotes sont susceptibles d'avoir une quelconque influence sur mon travail photographique. Etant une personne entière, mes humeurs, mes déceptions, bref tout ce qui touche mon affect à une influence directe ou indirecte sur mon interprétation artistique et peuvent donc se faire ressentir dans mes photos... Cela étant dit, je suis passée par Grandcamp Maisy au mois de novembre.



Avant la Seconde Guerre mondiale, Grandcamp et Maisy étaient deux villages indépendants : le premier était tourné vers la mer avec une économie locale dépendante de la pêche, tandis que le deuxième était tourné vers la terre, reposant essentiellement sur l’agriculture. Au printemps 1944, Grandcamp-les-Bains était défendu par quatre points d’appui, le village (ainsi que Maisy) était occupé par les Allemands de la 12e compagnie du Grenadier-Regiment 726. Maisy était défendu de son côté par cinq points d’appui, deux batteries étaient situées au sud-ouest du village. Elles étaient respectivement armées par quatre canons de 155 mm F414 d’origine française et par quatre canons de 100 mm FH14/19 d’origine tchèque. Les deux batteries étaient ceinturées par un seul réseau de barbelés et par plusieurs champs de mines.


Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les Alliés ont lancé un raid aérien massif au-dessus du Mur de l’Atlantique, visant notamment les batteries de Maisy. Ce raid a été suivi à l’aube par le bombardement naval délivré par le croiseur lourd HMS Hawkins. Malgré ce déluge de bombes et d’obus, aucun dégât majeur n’a été relevé sur les batteries lorsque les soldats américains ont commencé le débarquement sur Utah et Omaha, les deux plages les plus proches. En revanche, l’armement des points d’appui situés en bord de mer à hauteur de Grandcamp et Maisy ce sont retrouvés hors de combat. La batterie était toujours active et l’HMS Hawkins a repris ses tirs de neutralisation en journée contre les points fortifiés.


Le 8 juin 1944 à midi, les forces américaines provenant d’Omaha Beach avaient établi la liaison avec les survivants du 2nd Ranger Battalion isolés depuis le Jour-J à la Pointe du Hoc. Le général Bradley confia une nouvelle mission au colonel Rudder, le commandant des 2th et 5th Ranger Battalions : il s’agissait de s’emparer des points d’appui de Maisy. Rudder, lui-même blessé, savait que le deuxième bataillon était quasiment hors d’état de combattre. Il demanda alors au cinquième bataillon de se charger de l’assaut. Dans la foulée, le 116th Infantry Regiment commandé par le colonel Charles D. W. Canham et le 5th Ranger Battalion du lieutenant-colonel Max F. Schneider faisaient route vers Grandcamp. L’accès à Grandcamp le long de la route côtière ne permettait pas de manœuvres de contournement pour cause des marais encadraient cet axe au nord et au sud à hauteur du lieu-dit du Pont du Hable.


L’HMS Hawkins tire 113 obus sur les lignes de défense allemandes de 14 heures 55 à 16 heures. Les Rangers du 5th Battalion ne parvenaient pas à infiltrer la position adverse, c’est donc le 3e bataillon du 116th IR commandé par le lieutenant-colonel Lawrence E. Meeks qui a pris le relais, appuyé par les chars Sherman de l’escadron C du 743rd Tank Battalion. Les blindés progressaient en tête du dispositif, mais l’un des Sherman a été mis hors d’usage en heurtant une mine à proximité du pont du Hable. L’essentiel de la résistance allemande était localisé sur les hauteurs est de Grandcamp, tandis que des tireurs de précision ouvraient le feu depuis les habitations. Bénéficiant de l’appui des armes légères et des tirs de chars, les compagnies K et L ont traversé le pont du Hable et se déployèrent de part et d’autre de la route, compagnie K du capitaine William G. Pingley, Jr au nord et compagnie L du capitaine Charles W. East au sud.


De sa propre initiative, le Technical-Sergeant Frank Peregory de la compagnie K progressa en direction du point fortifié allemand malgré des tirs nourris. Parvenu à proximité du sommet de la colline, il découvrit l’entrée d’un réseau de tranchées qui menait au centre même du point d’appui interdisant l’entrée du village, situé deux-cent mètres plus loin. Sans hésiter une seule seconde, il entra dans la tranchée principale et progressa à l’intérieur tout en étant accroupis. Soudain, il rencontra un groupe de fantassins ennemis et sans perdre de temps il chargea les Allemands à la baïonnette tout en lançant des grenades. Au total, Frank Peregory obtint à lui seul la reddition de près de quarante soldats ennemis et grâce à son action permettant aux hommes de son unité de libérer le village de Grandcamp tout en récupérant les redoutables mitrailleuses allemandes (pour cette action victorieuse et héroïque, Peregory est décoré à titre posthume – il est tué le 14 juin 1944 – de la plus haute distinction militaire américaine, la Medal of Honor). La compagnie I du capitaine Jack Flora a pu ainsi effectuer la reconnaissance de Grandcamp : la section du 2nd Lieutenant Norvin Nathan progressa jusqu’à l’extrémité ouest du village, s’emparant notamment du point d’appui défendant l’accès au port. Cette journée de combats à Grandcamp a été, de l’avis des soldats qui y ont participé, plus difficile et plus violente encore que le débarquement à Omaha Beach.


Pendant ce temps, le 1er bataillon du 116th IR, éclairé par les chars de l’escadron C du 743rd Tank Battalion, contournèrent Grandcamp par le sud pour se diriger vers Maisy. Les blindés arrivèrent en vue de la batterie en début de soirée mais furent pris à partie par des mortiers et des canons de 88 mm adverses. Les Sherman étant à court de carburant, le 1er bataillon s’installa en défensive pour la nuit. Au petit matin du 9 juin 1944, trois compagnies du 5th Ranger Battalion furent engagées dans l’action, appuyées par deux half-tracks du 2nd Ranger Battalion (armés de canons de 75 mm) et par la batterie B du 81st Chemical Mortar Battalion (armée de mortiers de 107 mm). Les Rangers possèdaient, en outre, quatre mortiers de 81 mm. Après le tir de neutralisation effectué par le 58th Armored Field Artillery Battalion, les Américains se lancèrent à 9 heures à l’assaut du site étendu sur près de 44 hectares. D’après les témoignages des vétérans, les combats furent d’une intensité extraordinaire. Le réseau de tranchées était si complexe que les Américains s’y perdèrent plusieurs fois, ajoutant au désordre de la bataille et occasionnant des tirs fratricides. Après cinq heures de combats, la batterie fut enfin enlevée mais les canons de 155 mm ne s’y trouvaient plus, ils ont été préalablement retirés par les Allemands. Dans la foulée de la prise de Maisy et de ses batteries, les Américains progressèrent en direction de Géfosse-Fontenay et Isigny-sur-Mer.


Le 14 juin, le général de Gaulle traversa le village de Grandcamp-les-Bains et s’adressa à la population dans le cadre d’une visite éclair.




J'ai fait beaucoup de photos à Grandcamp Maisy. Sans connaître l'histoire de la ville avant de l'avoir prise en photos, j'ai senti dans mon coeur qu'elle méritait que je m'y attarde. Au-delà de cela, je l'ai surtout trouvée très inspirante. Le cliché que je vous offre là est dans un style très épuré, minimaliste même. Ce qui est très différent de ce que je vous propose habituellement. Je vous en montrerai d'autres plus tard, au détour d'une autre histoire... J'espère que vous avez passé un excellent week-end. Je vous souhaite un bon début de semaine. A très vite pour de nouvelles histoires photographiques !

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