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Des nouvelles de la série : Vertiges d'une folie humaine...


En 1924, dans la prison de Londsberg, un certain Adolf Hitler, enfermé par condamnation pour haute trahison après avoir tenté le renversement de la République Allemande par le "putsch de la brasserie", rédige un livre dont on parle encore aujourd'hui : Mein Kampf (Mon Combat). Livre autobiographique qui se veut surtout être un traité politique pour ne pas dire un programme, dans lequel la propagande nazie est mise en avant avec ses préceptes : antisémitisme, vision du monde raciste et Lebensraum (conquête de l'espace vital) en Europe de l'Est. En 1925, la maison d'édition du parti nazi publie le 1er volume, en 1926 paraît le second.


Mein Kampf n'est pas un succès dès sa sortie, même si les 10 000 exemplaires de la première édition s'écoulent plutôt facilement, force est de constater que les ventes de la seconde s'essoufflent très vite. Mais, à partir de 1930, les choses changent avec la progression inquiétante du parti nazi aux élections parlementaires. Les ventes de Mein Kampf trouvent un second souffle, si bien qu'en 1932, pas moins de 230 000 exemplaires sont vendus. Tout se précipite avec l'élection d'Adolf Hitler à la Chancellerie, le 30 janvier 1933, qui devient multimillionnaire avec 850 000 exemplaires écoulés dans cette seule année. La propagande nazie n'est pas étrangère à ce succès en faisant du simple soldat et de l'homme politique allemand un leader infaillible et divin. Le vice de la maison d'édition nazie va jusqu'à créer des éditions commémoratives et spéciales, comme celle éditée pour le cinquantième anniversaire d'Hitler, poussant jusqu'à faire une édition en braille, mais aussi une spéciale pour les jeunes mariés... L'Etat offre un livre à chaque couple le jour du mariage. Sans compter les traductions du livre dans plusieurs langues, plus ou moins épurées, passant par exemple pour la traduction française de 687 pages à 347... Si bien que Mein Kampf, est publié à 12,4 millions d'exemplaires de 1936 à 1945.


Après la défaite de 1945, dans l'esprit d'une purge du nazisme, Mein Kampf devient interdit et les droits d'auteur sont confiés au gouvernement Bavarois qui empêche toute réédition. En principe... Sauf que Fernant Sorlot, un français fondateur des Nouvelles éditions latines, en a décidé autrement et qu'il continue après guerre d'éditer pour vendre le pamphlet haineux. Discrètement dans un premier temps, puis plus ouvertement, en cause, le silence des autorités d'Etats concernés (Français / Bavarois) et de l'opinion publique. Jusque dans les années soixante-dix qui connaît un grand changement de contexte avec une montée de l'antisémitisme et du racisme, la Licra finit par porter plainte contre Sorlot et ses éditions. Sorlot est condamné, (encore), à une amende conséquente mais avec l'autorisation (cette fois), de publier Mein Kampf ! Pour la petite histoire, c'est le deuxième procès pour Sorlot et ses éditions concernant Mein Kampf. A sa sortie, Fernant Sorlot s'était octroyé le droit, (déjà), de traduire, et d'éditer pour vendre le livre sans pourtant posséder les droits d'auteur. Hitler lui-même porte plainte, l'affaire se retrouve devant le tribunal de la Seine, Sorlot est condamné à une amende avec l'interdiction de diffusion. Devant le tribunal, Fernant Sorlot joue pourtant la carte patriotique en arguant que la traduction est une nécessité d'alerte pour l'opinion publique quant aux intentions d'Hitler. Bref, malgré la condamnation, Sorlot continue de vendre le livre, mais sous le manteau.


Soixante-dix ans après la mort de son auteur, le 31 décembre 2015, Mein Kampf tombe dans le domaine public. En janvier 2016, une réédition annotée et commentée par l'institut d'histoire contemporaine de Munich sort en Allemagne. En l'espace d'une seule année, 85 000 exemplaires sont vendus en dépit de ses 1948 pages pour un poids de 5,4 kilos... Vertiges d'une folie humaine.





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